Une randonnée au départ de l'Ecot
Sur les hauteurs de Bonneval sur Arc, cette randonnée d’altitude chemine au milieu des alpages et des pierriers et vous mènera jusqu’au lac glaciaire du Grand Méan, un site exceptionnel et unique en France.
Point de départ : La balade débute au parking du hameau de l’Ecot.
En été, il est accessible en bus et desservi par la ligne S53 pour rejoindre Bonneval (depuis Modane ou Val Cenis-Lanslebourg) puis l’Ecot grâce à la ligne 4.
Si vous venez en voiture, le parking est payant en été.
Aux confins de la haute vallée de l’Arc
En cette matinée de juillet, l’air est déjà chaud, bien que tempéré par l’altitude. Tout en enfilant mes chaussures de marche, je songe déjà avec un plaisir anticipé aux beautés naturelles qui m’attendent lors de cette journée de randonnée avec mon ami Dylan.
En partant, nous laissons derrière nous le hameau de l’Ecot pour longer la rive gauche de l’Arc par un large chemin herbeux et plat qui ne laisse rien présager du caractère accidenté de l’itinéraire. Un peu plus loin, la lande alpine laisse place à une aulnaie verte en bordure du ruisseau de la Reculaz, tandis que face à nous se dresse l’imposante silhouette pyramidale du mont Séti, évoquant sous cet angle un petit Cervin mauriennais.
Montée à l’assaut des gorges de la Reculaz
Arrivés au pied des gorges de la Reculaz, le paysage change et le relief devient plus encaissé, s’élevant comme les hautes murailles d’une forteresse. Une étrange perspective s’offre à nous, décrivant une sorte d’escalier rocheux démesuré, aux marches tapissées d’herbe, festonné de promontoires surmontant le canyon, au fond duquel s’écoule impétueusement le torrent, serpent d’albâtre aux écailles d’écumes que le soleil encore matinal peine à sortir de l’ombre et réchauffer. Debout sur l’une de ces falaises au-dessus de l’abîme, je contemple ce décor sauvage tel le Voyageur de Caspar David Friedrich.
Plus haut, la montée se poursuit à travers un terrain de plus en plus escarpé. À certains endroits, quelques raidillons nécessitent l’aide d’une main courante installée à bon escient dans les failles rocheuses. Il n’y a pas de danger particulier, mais un peu de concentration s’impose pour choisir les meilleurs points d’appui et se hisser à l’aide des pieds et des bras.
Sur le Plan des Evettes
Après ce passage un peu « technique », un large replat se profile au sortir des gorges et les vastes solitudes du Plan des Evettes se déroulent sous nos yeux. Quel spectacle ! Directement nés des glaciers alentour, les nombreux ruisseaux convergent et sillonnent la plaine herbeuse que mon imagination compare aux steppes mongoles, dominée par le glacier des Evettes et le massif de l’Albaron. Sous la brise d’altitude, l’air est sensiblement plus frais.
Après une courte pause au sommet d’une butte, nous rejoignons la rivière aux eaux limpides et franchissons le pont romain, arche en plein cintre d’une étonnante simplicité architecturale. À proximité, un petit point de vue permet d’admirer du dessus la cascade de la Reculaz et ses eaux tumultueuses plongeant au fond des gorges. Il est temps de poursuivre notre itinéraire par un sentier non balisé s’élevant au-dessus du Plan, sur les contreforts du mont Séti.
Après un ultime effort, un lac glaciaire aux airs de Patagonie
Au fil de l’ascension, les alpages d’altitude laissent place à un univers plus brut et minéral, bien qu’égayé par de multiples espèces de fleurs aux tons jaunes, bleus, violacés ou roses, dont quelques bouquets de joubarbes en début de floraison. Après une dernière montée au milieu des pierriers, le débouché sur le glacier du Grand Méan est tout aussi spectaculaire que l’a été celui sur le Plan des Evettes une heure plus tôt. Le lac du Grand Méan nous apparaît tout entier, majestueux au pied des glaces. Ses eaux opalines, partiellement libérées par la récente débâcle, sont encore recouvertes de larges plaques blanches jusqu’au rebord du glacier dont la muraille striée et crevassée se dresse au fond du lac. Ces confins de la Maurienne à l’ambiance de haute montagne n’ont décidément rien à envier à la Patagonie.
Nous longeons le lac en surplomb pour nous rapprocher du front glaciaire. Au loin, un troupeau de bouquetins traverse les éboulis. Pour reprendre des forces tout en s’imprégnant davantage du site, Dylan et moi nous pique-niquons au bord des eaux du lac, ridées par une brise fraîche et sensible. À peine repus de la beauté de ces lieux, nous revenons sur nos pas, tandis que les crêtes frontalières se voilent de quelques nuages.
Retour vers le refuge des Evettes
Je me retourne une dernière fois vers le glacier du Grand Méan, avant de commencer notre descente vers la plaine herbeuse, au milieu de laquelle s’ouvre un lac aux reflets presque verdâtres. En ce début d’après-midi, la lumière, plus vive et crue, a changé et enveloppe le paysage d’une sorte de brume imperceptible. Le pierrier franchi, le retour à l’herbe est rapide et nous devinons en contrebas, sur une petite butte, le refuge des Evettes où nous avons l’intention de faire un court détour. Nous empruntons une seconde fois le pont romain et remontons au milieu de quelques ondulations du relief vers le refuge, campé à près de 2600 m d’altitude. Le temps d’une pause désaltérante bien méritée, nous profitons du panorama dégagé sur le Plan des Evettes et sur les massifs et glaciers environnants.
En redescendant vers l’Ecot
De l’autre côté du col des Evettes, le sentier descend d’abord en pente douce à travers les alpages, puis plonge vers la vallée de l’Arc. Au fond à gauche, nous apercevons le village de Bonneval-sur-Arc, ramassé au pied des lacets routiers du col de l’Iseran et tout en contrebas, le hameau de l’Ecot dont les discrètes maisons de pierres et de lauzes se confondent avec leur environnement. La descente est rapide et la végétation reprend ses droits, contrastant avec l’ambiance minérale des hauts plateaux laissés derrière nous. Le sentier, coupé de maigres ruisseaux, serpente au milieu des bosquets d’aulnes, débouche en bas sur une large piste et rejoint enfin le parking de l’Ecot.
Ce n’est pas une simple randonnée qui s’achève, mais presque un voyage au bout du monde, une expédition vers de lointaines contrées polaires, une immersion dans un univers unique, aux beautés surprenantes et insoupçonnées. Quelle aventure !
Nos recommandations pour une randonnée sereine
- Cet itinéraire ne présente pas de grandes difficultés techniques mais nécessite néanmoins une certaine expérience de la randonnée en montagne.
- Préparez soigneusement votre équipement pour une randonnée à la journée (pique-nique, eau, lunettes de soleil, chapeau, crème solaire, carte IGN, téléphone…) ainsi que des chaussures de marche et des vêtements adaptés. Prévoyez un survêtement pour la pause pique-nique en altitude (l’itinéraire monte à près de 2900 m).
- Le sentier dans les gorges de la Reculaz n’est pas adapté à nos amis les chiens (passages raides avec mains courantes). Cet itinéraire est également déconseillé aux personnes sujettes au vertige.
- Vérifiez les prévisions météo locales la veille de votre départ. Évitez les journées avec risque orageux et n’hésitez pas à faire demi-tour en cas de dégradation du temps.
- Soyez respectueux de l’environnement, de la faune et de la flore et emportez vos déchets.
Guide randos et trails en Haute Maurienne Vanoise
Boucle du refuge des Evettes à pied