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Contes et légendes

La légende des 14 chapeaux

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Depuis des siècles, la Haute Maurienne, et notamment Bramans, a vu défiler des personnages historiques qui ont marqué leur passage. Parmi les moins glorieux de tous, une bande de brigands étrangers composée de soldats déserteurs et de criminels de guerre abandonnés. Il est important de noter que l'histoire ci-dessous est issue de véritables faits datant d’avant la Révolution, romancés par l’écrivain Henri Bordeaux.
Avant-propos Bramans, 1816

Ce matin-là, le courrier de Modane au Mont-Cenis allait arriver en vue de Bramans lorsque soudain, le conducteur arrêta ses chevaux et sauta de son siège. Il venait d’apercevoir, étendu au travers du chemin, un homme paraissant inanimé. Il s’approcha et reconnu un de ses compatriotes, un riche maquignon de Bramans. Le blessé poussait des gémissements plaintifs et semblait incapable de bouger. Il avait sans doute été assailli par des brigands, car il portait une large blessure à la tête, ses vêtements étaient en désordre et son portefeuille gisait, vide, à côté de lui. Avec beaucoup de précautions, le conducteur le relava et le plaça dans la voiture ; puis il reprit rapidement sa route vers Bramans. Parvenu au village du Verney, il déposa le blessé à l’hôtel du « Lion d’or » et fit prévenir sa famille, qui accourut hâtivement, suivie bientôt du syndic (maire de l’époque), du brigadier, des carabiniers et de quelques voisins et amis.

En attendant l’arrivée du médecin appelé aussitôt, le brigadier tenta d’obtenir quelques renseignements :

“- Qui vous a attaqué ? demanda-t-il

L’accidenté parut faire un effort extrême, puis dans un souffle, il laissa échapper : « les grands chapeaux. »

A peine cette réponse était sortie de ses lèvres qu’un frisson parcouru l’assemblée ; le syndic pâlit, le brigadier courba la tête, et comme sous l’influence d’un pouvoir magique les voisins et les amis s’éclipsèrent furtivement et avec rapidité.

Chapitre I Pourquoi une telle appellation, si inoffensive, faisait frémir tout le village ?

A cette époque, on était en 1816, la commune de Bramans qui se trouve à 12 kilomètres en amont de Modane, vivait sous une espèce de terreur : les vols, les agressions, les meurtres étaient fréquents, les voyageurs qui s’attardaient en chemin étaient immanquablement dépouillés et même mis à mort, sans pitié, s’ils tentaient de résister. Personne n’osait sortir la nuit ; il n’y avait plus de sécurité, plus de paix. Les carabiniers étaient sur les dents, ils redoublaient d’efforts pour découvrir les malfaiteurs mais sans résultats, car ceux qui auraient pu guider leurs recherches restaient muets, de crainte de s’attirer des représailles qu’ils savaient terribles.

Chapitre II D’où venaient ces bandits ? Qui étaient-ils ? Etrangers ou natifs du territoire ?

Après la Révolution, la Savoie étant redevenue Sarde (italienne), en 1815, ces servants attitrés de la guillotine continuèrent dans l’ombre leur infâme métier de pourchasseurs de gibier humain pour s’enrichir des dépouilles de leurs victimes. De plus, les armées du Directoire et ensuite celles de Napoléon, en revenant des guerres d’Italie, avaient semé sur leurs passages quelques mercenaires aux mœurs douteuses sans scrupule et sans aveu.

C’est dans l’une ou l’autre de ces catégories que s’étaient recrutés les fameux criminels qui terrorisaient Bramans et ses environs.

Ils étaient 14, formaient une bande organisée sous la direction d’un chef audacieux autant que cruel. Dans leurs expéditions criminelles, ils portaient comme signe de distinction un grand chapeau de feutre noir, espèce de sombrero aux larges bords rabattus, qui leur cachait une partie du visage, d’où l’appellation « les Grands Chapeaux ». Ils étaient redoutés à un tel point que l’on n’osait même pas parler d’eux et qu’il suffisait de prononcer leur nom, pour jeter autour de soi la crainte et l’effroi.

C’est ce qui explique la fuite précipitée des voisins et amis du blessé lorsqu’il eut nommé ses agresseurs. L’infirme resta donc seul avec les membres de sa famille et le curé de la paroisse, qui était venu lui apporter le secours de la religion. Malgré les soins dont il bénéficia, il mourut dans la soirée.

Chapitre III L’habit ne fait pas le moine

De retour dans son presbytère, le curé songeait avec tristesse aux malheurs qui venaient de s’abattre sur sa paroisse. Depuis quelques semaines seulement il était à Bramans et déjà deux assassinats avaient été commis ; le dernier celui du maquignon et précédemment celui de son sacristain, trouvé mort dans le clocher et auquel il avait heureusement trouvé un successeur porté bénévole. Il souffrait à la pensée de voir ses paroissiens exposés aux terribles atteintes des « Grands Chapeaux » et il suppliait le Seigneur d’éloigner d’eux ce terrible fléau. Et tandis qu’il méditait et priait on sonna à sa porte.

– Monsieur le curé, appela sa gouvernante, c’est un père capucin qui vous demande. 

Le curé s’avança au-devant du visiteur.

– Excusez-moi, Monsieur le curé de vous déranger à cette heure. Je viens du couvent de Châtillon. Mes supérieurs m’ont envoyé quêter en Maurienne et comme il faisait bientôt nuit, je me suis permis de venir vous demander l’hospitalité.

– Soyez le bienvenu, mon Père, je suis très heureux de l’occasion que vous m’offrez d’être agréable à un fils de Saint François. Entrez, vous partagerez avec moi mon modeste repas. Jeanne, vous préparerez la chambre du rez-de-chaussée.

Quelques instants plus tard, on se mit à table. Tout naturellement la conversation tomba sur l’événement du jour : le meurtre du maquignon.

– N’êtes-vous pas craintif, Monsieur le curé, d’être attaqué par ces brigands ? Votre presbytère est bien isolé et c’est en vain que vous appelleriez au secours, personne ne vous entendrait.

Le presbytère de Bramans est en effet éloigné de toute habitation et perché sur un monticule qu’il partage avec son église et le cimetière.

– Je sais, répondit le curé, mais j’espère que Dieu me protègera. C’est la première fois, mon père, que vous venez dans cette région ?

– Oui Monsieur le curé et, en passant par Sardières, j’ai admiré ce fameux rocher qui se dresse comme une aiguille géante au milieu de la forêt.

– C’est un splendide monolithe de 93 mètres de haut.

– Est-il d’une seule pièce ce modolite ? 

Le curé ne put répondre sur le coup tellement cette question et la déformation du mot lui parurent étranges venant d’un lettré. Un monolithe est d’une seule pierre ou ce n’est pas un monolithe. Et il sentit comme une angoisse s’installée. Cependant il se ressaisit rapidement et put achever le repas sans laisser paraître le moindre embarras.

Comme l’heure avançait, le capucin demanda à se retirer. Le curé s’empressa de le conduire dans la pièce qui lui avait été préparée, puis il revint sur ses pas. En passant devant la cuisine, il aperçut la servante qui lui faisait des grands signes apeurés :

– Monsieur le curé ! Monsieur le curé ! Nous sommes perdus ! Ce moine n’est pas un capucin. Tout à l’heure quand j’ai ramassé le couvert tombé sous la table, j’ai remarqué qu’il avait des bottes. J’ai déjà vu des capucins avec des sandales ou des souliers, mais avec des bottes, jamais ! C’est peut-être un des Grands Chapeaux… Seigneur nous sommes perdus !

– Ne vous tracassez donc pas ainsi, Jeanne, fermez-vous bien à clef, si vous avez peur, mais ne vous inquiétez pas pour moi, il ne m’arrivera rien sans la permission de Dieu.

Chapitre IV Curé ou héro ?

Il faut croire que le curé était moins rassuré qu’il ne le laissait paraître, car il alla de suite vérifier le signal d’alarme de la cure. Ce signal était composé d’un système de leviers et de tiges en fer qui permettaient d’actionner, depuis l’intérieur du presbytère, une cloche du clocher et d’alerter ainsi la population. A son grand étonnement, il constata que le signal ne fonctionnait plus, une des tiges extérieures avait dû être sectionnée. Cet incident le fit réfléchir, mais ne changea pas son état d’esprit. Tranquillement il se rendit dans sa chambre à coucher, dont il oublia même de fermer la porte à clef, puis se mit à prier avant de dormir. Quelques moments plus tard, tout était calme et silencieux dans la cure. On n’entendait plus que le tic-tac de l’horloge du couloir.

Et voici que vers minuit, un personnage s’avança dans le couloir du rez-de-chaussée. Il ne portait pas la bure du capucin, mais il était vêtu du fameux chapeau. Il s’engagea dans l’escalier conduisant à l’étage, monta à pas feutrés, s’arrêta à chaque marche, écouta quelques secondes, puis reprit son chemin. Enfin, il arriva à l’étage puis connaissant la disposition des pièces il se dirigea sans hésiter vers la chambre du curé. Il ouvrit la porte lentement, très lentement, fît quelques pas vers le lit puis brusquement leva le bras et enfonça de toutes ses forces un long poignard dans la poitrine du… mannequin par lequel le curé s’était remplacé. Au même moment, deux mains vigoureuses s’abattirent sur le bandit et lui serrèrent le cou comme dans un étau. Il se releva en se débattant, mais les mouvements qu’il fît n’eurent pas d’autre résultat que d’arracher la fausse barbe dont il était déguisé. Il voulait se dégager, mais en vain. L’étreinte ne faiblit pas, au contraire, elle se resserra jusqu’à lui briser les vertèbres.

Quoiqu’en état de légitime défense, le curé n’avait pas l’intention de donner la mort à son agresseur, il voulait simplement le réduire à l’impuissance. Mais sous la tension nerveuse et dans l’émotion de cette scène tragique qui se déroulait dans les ténèbres, il ne s’aperçut pas qu’il dépassait son intention. Quand il rouvrit les mains, l’assassin s’écroula comme une masse sur le parquet. A ce moment, le curé entendit sous sa fenêtre une voix qui murmurait :

– Je crois que ça y est.

Il ouvrit et aperçut vaguement trois hommes coiffés de grands chapeaux. Il frémit en pensant au nouveau danger qui le menaçait.

– Est-ce fait ? lui demanda-t-on.

– Oui, répondit il d’une voix éteinte.

– Alors jette son cadavre.

Le curé comprit que s’il hésitait, il était perdu. Il roula dans un drap le corps inerte et le fit basculer par la fenêtre. Puis il entendit s’éloigner les pas des bandits qui disparaissaient rapidement, allant enterrer celui qu’ils croyaient être le curé et qui n’était que le faux capucin.

Enfin, libre de lui-même, le pauvre curé se jeta sur son prie-Dieu, où il passa le reste de la nuit.

Depuis ce jour, jamais l’on ne revit le sacristain d’occasion, car c’était lui le faux capucin, lui qui tenta d’assassiner le curé pour le dévaliser. C’était lui le chef des quatorze Chapeaux, lui qui fut enterré au lieu et place du curé. Quand le lendemain les bandits revirent le pasteur de la paroisse bien vivant, ils furent stupéfaits. Ils comprirent seulement alors ce qui s’était passé ; ils en furent désemparés et effrayés. D’autre part, la disparition du sacristain fut un indice pour les carabiniers qui parvinrent peu à peu à capturer la bande entière.

Ainsi prit fin le cauchemar créé par les quatorze Grands Chapeaux, pour le plus grand soulagement de l’excellente et hospitalière population de Bramans. Depuis cette époque on peut parcourir ses chemins sans crainte des bandits.

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Écrit par :
Kaïs Serrano Relations presse et contenus